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  • Mis à jour le 24-08-2008
  • Créé le 31-07-2007


Vela X, l'étoile de Sumer et la légende d'Oannès




Dans le même genre d'idées fantastiques, il faut parler de l'hypothèse de l'érudit américain George Michanowsky, popularisée dans un livre paru en 1977 : The once and future star (traduit en français sous le titre : Le retour de l'étoile de Sumer). Son idée repose sur le lien possible entre la grande supernova de la constellation des Voiles (perpétuée par son résidu cosmique, le pulsar Vela X) et les origines de la civilisation. Michanowsky était un spécialiste des langues anciennes et son approche, différente de celle des astronomes, est très intéressante et aurait pu déboucher sur une découverte majeure, à la fois sur le plan historique et sur le plan mythologique.

D'abord, il faut préciser deux choses pour bien situer cet événement exceptionnel, unique même. La supernova fut visible quasiment comme un deuxième soleil, situé très près de 45° de latitude sud. Le pulsar qui en résulte est catalogué sous le nom de PSR 0833-45 (-45 signifiant 45° de latitude sud). Durant plusieurs mois, tous les habitants de l'hémisphère sud et ceux de l'hémisphère nord vivant en dessous de 35° suivirent l'évolution de cette gigantesque source de lumière totalement imprévue. Il s'agissait d'un des phénomènes cosmiques les plus grandioses dont l'homme a été le témoin depuis 15 000 ans, et il a eu obligatoirement un impact psychologique énorme et débouché sur la création de mythes et de légendes dont certains, souvent déformés, sont arrivés jusqu'à nous.

Deuxième chose, les Sumériens et avant eux les autres peuplades protohistoriques de la région, qui observaient chaque nuit le ciel vers le sud, connaissaient obligatoirement les étoiles de la Croix du Sud et les autres étoiles principales visibles sous leur latitude. Il ne peut donc y avoir confusion sur l'identification des étoiles brillantes.

Quand il eut connaissance par des articles de la presse scientifique de la probable association génétique entre la nébuleuse Gum, la supernova des Voiles et le pulsar Vela X, Michanowsky entreprit des recherches pour savoir si la supernova avait été observée et notée par les Anciens sous une forme quelconque. Il se référa aux textes qui traitent du ciel de l'ancienne Mésopotamie. Il connaissait l'existence d'une tablette sumérienne du British Museum connue sous le nom de tablette BM-86378. Celle-ci avait déjà été exploitée par des érudits au début du XXe siècle, notamment par le spécialiste allemand de l'astronomie cunéiforme Franz-Xavier Kugler (1862-1929). Son contenu est astronomique et concerne surtout un catalogue d'étoiles mésopotamien.

Michanowsky savait que l'âge probable pour l'explosion était –9000, mais il croyait possible que des variations dans la fréquence des pulses auraient pu intervenir et autoriseraient ainsi une date plus récente, possible jusqu'à –4000. Dans les années 1970, certains chercheurs pensaient même que la date historique permettrait de déterminer la date astronomique de l'explosion.

La distance de Vela X a été évaluée à 1300 années lumière, ce qui reste assez proche pour une supernova, mais l'intensité des rayons X, gamma et cosmiques est probablement insuffisante pour avoir des conséquences sur la vie, puisque la magnétosphère et, en deuxième rideau, l'atmosphère terrestre en absorbent et neutralisent la plus grande part. Par contre, l'effet de surprise et de terreur passé, les conséquences psychologiques ont dû être énormes.

Deux lignes de la tablette font référence à une étoile géante située à l'endroit même où s'est produite l'explosion de la supernova. Kugler, le premier historien astronome à avoir disséqué le contenu de la tablette avait fait remarquer que le texte s'appliquait à une région du ciel austral que la mythologie assimilait comme étant l'équivalent céleste de la cité d'Eridu. Michanowsky a défini la région comme étant le triangle céleste formé par les étoiles dzéta de la Poupe (m = 2,3) et gamma (m = 1,icon_cool.gif et lambda (m = 2,2) des Voiles. C'est précisément à l'intérieur de ce triangle d'étoiles relativement brillantes que le pulsar PSR 0833-45 a été localisé, ce qui paraît plus qu'une simple coïncidence. Cette région céleste était considérée comme particulièrement importante dans la tradition céleste mésopotamienne, alors qu'aujourd'hui rien n'y attire l'attention particulière d'un observateur, puisque les étoiles principales sont de magnitude 2.

La fameuse légende d'Oannès, être mythique mi-homme, mi-poisson a été transmise par le prêtre chaldéen Bérose, qui lui-même la tenait d'une multitude de devanciers. Oannès était considéré comme le dieu qui surgissant du golfe Persique aurait enseigné aux premiers habitants de Mésopotamie les arts de la civilisation (écriture, mathématiques, science des étoiles). Comme conclusion de sa minutieuse analyse des textes anciens et de sa connaissance de l'astronomie, Michanowsky propose la solution suivante :


« J'en suis venu à la conclusion que la légende d'Oannès devait ses origines à la grande étoile des Voiles et que l'apparition de ce prodige céleste était finalement resté dans les mémoires comme la visite d'une entité surnaturelle à forme semi-humaine. Quand la supernova fut observée au ras des eaux de la vaste mer des Sumériens, la réflexion lumineuse sur la surface de l'Océan s'étendit comme un ruban brillant depuis l'horizon du sud jusqu'au littoral. Les habitants de la côte ont réellement cru voir l'étoile qu'ils considéraient comme une divinité s'avancer vers eux en marchant sur l'eau. En tant que dieu mésopotamien, une telle apparition aurait été retenue sous une forme humaine. Etant venue par la voie maritime, elle aurait également projeté une image suggérant les caractères d'un poisson. Nous avons là un modèle ancien des êtres hybrides de la mythologie et du rêve, associé au rayonnement céleste émanant d'une source située près de l'horizon. » 1


L'hypothèse de Michanowsky est astucieuse, d'autant que certaines de ses conclusions sont troublantes (surtout la présence du pulsar dans le triangle d'étoiles des Sumériens) et comporte probablement une partie de vérité. Il est sûr que les Anciens, à quelque époque qu'ils aient vécu, ont dû être terrorisés en voyant apparaître en quelques jours seulement une étoile aussi brillante que la pleine Lune, et qui brilla durant plusieurs mois comme un phare dans le ciel du sud.

Le gros (et quasi insoluble) problème en ce qui concerne l'étoile des Voiles (perpétuée depuis par Vela X) est celui de la datation, car l'époque –4000 ne tient pas. Tout semble indiquer au contraire une explosion vers –9000, ce qui n'est pas la même chose. Exit donc la liaison génétique entre la supernova des Voiles et la légende d'Oannès, à moins que cette légende ait survécu dans les traditions des Anciens à la suite d'une transmission orale durant 5000 ans (200 générations en gros) avant d'être enfin traduite par écrit par les premiers utilisateurs de l'écriture.


Article ajouté le 2007-09-02 , consulté 14 fois

Commentaires


floo le 06/06/2008 à 14:57:20
Sujet des plus passionnant que voilà! Merci pour cette article dès plus instructif.
Pour ma part, je ne suis pas très au fait, bien que je suis tombé amoureux de "Supernova Remnant LMC N 63A". C'est en la voyant (photo Hubble) que je comprit pourquoi nombre de mythe, légendes, croyance prenne leurs source dans les astres...

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